Interview : Arnaud

Interview : Arnaud

arnaud_1549825531.jpg

Arnaud est un artiste comme on en voudrait plus. Sa vision de la musique est profonde et cela se ressent dans ses sets. Figure incontournable de la scène Nantaise, notamment avec son webzine Input Selector, il a réussi à s’adapter à l’évolution de la musique électronique. Mieux que ça, il a su s’exporter en mettant en avant ses valeurs musicales.
J’ai voulu lui poser plusieurs questions afin de connaître qui se cache derrière les platines et comprendre ce qui le pousse à être celui qu’il est aujourd’hui.
Un entretien à apprécier avec le son.

 

D'où viens ton amour pour la musique ?


Cette passion m'est surement venue par mes parents qui m'ont poussé à faire de la musique quand j'étais plus jeune (solfège, trompette, piano, guitare…), mais à l’époque j’aimais la musique sans que ce soit une passion. C’est vraiment lorsque mon frère Guillaume (Combe) est devenu Dj résident des Caves que je me suis plongé à fond dedans et que j’ai lancé Input Selector.
 

Appréhenderais-tu la musique comme aujourd'hui si tu n'avais pas eu de formation musicale ? Cette formation t'aide-t-elle en tant qu'artiste ?


Cette formation a certainement contribué au fait que j'ai l'oreille musicale aujourd'hui. En revanche, je ne sais pas si le fait d'avoir joué des instruments ou fait du solfège m'aide aujourd'hui pour produire ou mixer. Par contre, lorsque je me suis mis à la production mon appréhension est devenue beaucoup plus flagrante, je me suis mis à être beaucoup plus sélectif.
 

Raconte-nous l'histoire d'Input Selector, ton webzine.


Tout a commencé en 2007 si je me souviens bien, à l'époque où Guillaume était résident des Caves du Castel à Nantes. Je suivais pas mal de blogs mais à l'époque l'électro trash était à la mode et peu de sites proposaient de la house et de la techno à part les parisiens de Get The Curse. J'ai donc créé Input Selector sur un Blogspot ou je postais des morceaux que j'aimais bien avec une photo de l'artiste. J'avais trouvé le nom sur un vieil ampli que j'avais à la maison et je trouvais que ça collait bien au délire de sélection de coup de cœurs. C'était très basique et je suis ensuite passé sur Wordpress. Si mes souvenirs sont bons c'est à ce moment-là que des amis m'ont rejoint et que l'on a pris un nom de domaine (on a commencé à fêter nos anniversaires qu'à partir de là et on a soufflé notre 10ème bougie en octobre). Ce n'est qu'après qu'on a lancé le podcast, que l'on s'est mis à rédiger des articles, etc… et le projet a grossi petit à petit.

Aujourd'hui, on est quatre dans la team (Combe, Freib, Moussa et moi) mais on a été jusqu'à 13 si je me souviens bien (j'en profite d'ailleurs pour tous les remercier). On est à quasi 1,5 millions de lectures sur SoundCloud, 372 podcasts, 341 chroniques, 279 tracklists, 119 focus sur des labels… et cela nous a donné l'occasion de représenter nos couleurs musicales en jouant ou organisant des événements en Angleterre, Allemagne, République Tchèque, Autriche, Belgique… pour des festivals comme Astropolis, Freerotation, Nuits Sonores, Paco Tyson et Scopitone, dans des lieux comme Concrete, Griessmuhle, Pratersauna, Péripate, …

 

Quelle est ta méthode pour digger ?


Je suis beaucoup d’artistes et labels et dès que j’entends un son que j’aime dans un mix ou autre j’essaye de le trouver. Au début je fouinais énormément sur SoundCloud, après j’ai découvert les joies de Discogs et Youtube. On reçoit également pas mal de promos avec Input Selector donc ça me permet aussi de jouer des morceaux pas encore sortis.

Sstrom fait partie de mes gros coups de cœur dans mes dernières découvertes.



 

Quelles sont tes influences pour ton projet artistique et de quelle façon travailles-tu (matérielle et mentale) ?


Pour les influences il y en a beaucoup ! Sans parler de musique je citerais déjà la nature et la photographie (j’ai d’ailleurs une grosse envie de sampler des sons de nature pour mes morceaux). Sinon, Matthew Herbert est certainement une de mes plus grosses idoles, un vrai génie du sampling qui m’a poussé à créer mes propres samples lorsque je produis. Je suis également fan de Roger Gerressen, Alva Noto, Cio d’Or, Donato Dozzy, Hubble, Aphex Twin, Jan Jelinek, Tom Ellis, Marc Leclair alias Horror Inc, Marco Shuttle, Margaret Dygas, Sebastian Mullaert, Murcof, Ricardo Villalobos, Daniel Bell, Shinishi Atobe, Shxcxchcxsh, Squarepusher, STL…



Un bon vieux track bien destroy d’Herbert (sous son pseudo Wishmountain) que j’ai joué qu’une seule fois, lors d’une soirée bien allumée à Angers .

Pour l’aspect production, j’utilise Ableton Live 9 et un enregistreur avec lequel je crée des samples. J’aimais bien SubBoomBass comme VST mais aujourd’hui je n’utilise quasiment plus de plugins. Pour le mixage j’ai des enceintes JBL LSR 305 et un Beyerdynamic DT-770 Pro. De temps en temps je m’amusais aussi avec la TT303 de Guillaume. Pour ce qui est du mental c’est vraiment au feeling, quand je ne suis pas dedans j’évite de produire car j’ai plus tendance à ruiner mes projets qu’autre chose. En revanche ça peut arriver que les idées viennent en produisant mais en général je n’aime pas forcer les choses. Par contre une fois que je suis lancé je peux rester des jours et des jours sur un même morceau, j’ai d’ailleurs très souvent terminé des projets la nuit. J’aime également laisser reposer mes morceaux pendant quelques temps pour revenir dessus l'esprit plus clair, ça me permet de retrouver plus facilement certaines petites erreurs que je ne voyais même plus à force de bosser dessus.

Voilà le dernier morceau sur lequel j'ai bossé, une reprise d'un morceau de Black Mirror.



 

Que préfères tu dans la musique, qu'est-ce qui te fait vibrer et t'amène des émotions (ou pas) ?


Je suis un gros fan de tout ce qui a un penchant deep/dub en général. J’aime la musique profonde, aquatique, légère, planante, violente, sombre…

Mis à part la musique électronique j'écoute beaucoup de musiques de films, classique, hip hop, folk… En revanche j'ai du mal avec tout ce qui est hardcore, wobble "wouin wouin", rythmiques en carton, pop, r&b, trap, rap vocodé et house trop vocale. En général j'aime les voix pas trop transformées quand elles sont belles, sinon j'ai tendance à préférer m'en passer.




Il y a du bon dans la plupart des styles, il faut juste les découvrir avec les bonnes personnes. Chaque style a son ressenti, le funk et la house pour la fête et les grands sourires, la techno pour son côté introspectif, mécanique et puissant, la deep pour son côté planant… C’est d’ailleurs ce que j’adore dans l’ambiant, ce style permet vraiment de passer par énormément d’émotions et emmener les gens là où ils ne sont pas forcément habitués à voyager.



 

« Arnaud » te freine-t-il dans ta proposition artistique ou cela reste-t-il possible de présenter toutes tes envies via cet alias ?


Je n’ai jamais trouvé de pseudo qui me correspondait et comme je n’ai pas envie de me limiter à un style je garde Arnaud. Je mets du cœur dans ma musique et laisse donc une partie de moi dans mes morceaux alors je trouve ça très bien comme ça, même s’il y a mieux pour le référencement.
 

Si tu devais garder un style et un artiste, quels seraient-ils ?


Je ne pense pas que je pourrais. Chez moi j’écoute rarement de techno par exemple alors qu’en boite c’est surement un des trucs que je préfère pour son côté progressif. Ceux qui ont pu nous voir jouer de longs sets comme au Lieu Unique ou Concrete savent que l’on n’aime pas trop se cantonner à un style.


 

Comment prépares-tu tes sets ?


J’ai pas mal de playlists par style sur mon ordi, sinon je réécoute tout ce que j’ai reçu ou téléchargé entre temps. Ça m’arrive de prévoir les deux premiers morceaux s'ils sont courts mais sinon je joue toujours au feeling. Lorsque l’on joue avec Guillaume on s’envoie quelques sons qu’on jouerait bien histoire de se donner une idée et une concordance, et sur le moment on se laisse aller.
 

De quoi est fait ton futur ?


L'avenir nous le dira hehe. J'ai un album et pas mal de morceaux à finir et mes morceaux ont intéressé pas mal de labels que j'adore (Archipel Musique Canada, Mosaic, Studio R°…) donc il ne me reste plus qu'à persévérer.
 

Qu'est-ce qui te pousse à continuer ?


Mon amour de la musique.
 

Nantes, une ville étape ou une finalité ?


Pour avoir joué dans de nombreuses villes de France, Nantes est vraiment une ville que j'aime beaucoup. C'est grand sans trop l'être, ça bouge culturellement et, contrairement à Paris, pas besoin de faire une heure de route pour aller se ressourcer dans la nature. J'ai beaucoup aimé Marseille aussi. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, je ne suis pas trop du genre à revendiquer ma nationalité (j'ai d'ailleurs des origines espagnoles) et me considère plutôt comme un citoyen du monde donc difficile de prédire où je terminerai.
 

Avec Input Selector, tu touches à l'organisation de soirées, à l'invitation d'artistes, etc. Y'a-t-il des envies plus larges / plus grandes ?


Depuis plusieurs années on pense à monter notre label et pas mal d'artistes étaient prêts à suivre le projet. Le truc c'est qu'au début on voulait faire des various car on se disait que ce serait plus facile de trouver un seul morceau qu'on kiffe vraiment d'un artiste plutôt que quatre (voire plus) mais c'était un peu compliqué de trouver une cohérence entre les morceaux. Du coup aujourd'hui on pense plutôt à sortir des EP/LP, reste à trouver les morceaux et les artistes.

On a aussi envie de lancer un festival intimiste à la Freerotation/Labyrinth, chose qui n'existe pas vraiment en France à part peut-être les festivals Paral-lel et Echos. Les gros festochs où c'est la surenchère de têtes d'affiches ne m'attirent plus trop à part si c'est pour aller dans des cadres de malade, je préfère les ambiances intimistes et familiales.

 

Comment décrirais-tu la scène électronique française (public, production, artiste, ...) ? Et à l'échelle Nantaise ?


La scène française a bien pris de l'ampleur avec l'explosion de la techno, Berghain, Concrete… Ça a fait une sacré émulation en France et beaucoup d'artistes étrangers adorent venir jouer chez nous. A l'époque on entendait d'ailleurs très souvent par les artistes que Nantes était une des meilleures scènes de France où qu'ils avaient fait leur meilleur gig par chez nous. Aujourd'hui je n'arrive plus à tout suivre mais en France on a de supers artistes comme Antigone, Sidney & Suleiman, Soul Channel… Je crois qu'à Nantes comme ailleurs ça s'est un peu calmé ou dispersé car il y a plus de lieux et d'orgas qu'avant mais il y a toujours de super initiatives et d'artistes qui sortent de l'ombre.




 

Nantes 
b2-copy.png

Nous soutenir

Ecouter

Choisis ta ville préférentielle

Data too long for column 'isp' at row 1